Pourtant, de l'autre côté de la haie, au lieu du beau jardin verdoyant de Monsieur Cacapoule, il n'y avait plus qu'un océan d'herbes hautes qui luttaient contre les ronces et le lierre pour savoir qui aurait le plaisir d'étouffer les derniers cerisiers!
Oh la la, se dit Monsieur Lézard, c'était ça, ma promesse, c'est mon voisin qui ne va pas être content!

Il se précipita dans sa cave, non pas pour se cacher comme on pourrait le croire, mais pour retrouver la faux de son grand-père. Il ne s'en était jamais servi, mais il se souvenait du vieil homme qui d'un simple balancement de hanche, vous transformait un champ de foin en pelouse anglaise!
La faux était bien là, reliée à un étui de corne contenant une pierre oblongue et un maillet. La lame d'acier renvoyait bien encore le rayon de lumière  qui se faufilait par le soupirail, mais le tranchant était rouge de rouille comme s'il avait servi à couper des têtes.

Courageusement, Monsieur Lézard se fraya un chemin dans le jardin de son voisin et se mit à l'ouvrage. Au premier coup de faux, il tomba la tête la première dans une touffe d'orties. Au second, il s'empêtra les jambes dans un buisson de ronces, au troisième,  il se déclencha une telle douleur dans le dos qu'il du se plier en deux.
Il s'accorda un peu de repos, couché parmi les herbes hautes. Il avait l'air de dormir, à première vue, mais en vérité, il faisait des mathématiques, car il était courageux et dur à la douleur.

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