Les poules affamées descendirent dans la cave; Charlotte, d'un air décidé, dénoua la corde qui retenait les sacs. De son bec acéré, Joséphine découpa l'épaisse toile de lin et une multitude de sachets s'étalèrent sur le sol de terre battue.

Joséphine s'empara du premier sachet et se précipita dehors. Charlotte en saisit un autre et la suivi en courant, les pattes raides comme deux manches à balais.
Il faisait un temps humide et doux, avec un arrière goût de soleil qui filtre au travers de très hauts nuages. La terre souple et friable avait conservé les traces de pied des moutons et ça faisait des petits trous partout dans le sol. Le jardin avait l'air d'une râpe à fromage!

Sans se concerter, dans le plus grand silence, chaque poule ouvrit son sachet de graines.
Charlotte, de son bec cabossé, prit une graine dans son sachet et la mangea.
Joséphine, de son bec effilé, prit une graine dans son sachet et la mangea.

Elles saisirent chacune une deuxième graine...
La posèrent délicatement dans un des trous laissés par les pieds de mouton, se retournèrent, lâchèrent une petite fiente sur la graine et rebouchèrent la terre en la griffant de leurs pattes.

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